Chers camarades,Depuis le soir du 7 juin, nous sommes nombreux à nous poser la question : comment en sommes-nous arrivés là ? Comment les socialistes, qui naguère incarnaient le progrès et l’espoir d’un autre avenir, ont-ils pu perdre à ce point, la confiance des Français ?
Disons-le, le Parti socialiste présente aujourd’hui des similitudes inquiétantes avec la SFIO, ses baronnies locales, son clientélisme et sa paresse intellectuelle Cette dérive vient de loin et notre responsabilité est évidemment collective. Elle est dans la somme des égoïsmes, des contradictions et des compromissions.
Aujourd’hui, l’enjeu est donc bien la survie du socialisme au service de la France : comment dessiner une vraie alternative de gauche ? Comment adapter nos idées et nos méthodes aux enjeux du monde qui va naître de l’après crise ?
Dans ce contexte, le combat qui nous a réunis à l’occasion du congrès de Reims conserve tout son sens.
Car, qu’est-ce qui nous rassemble ? L’attachement à un Etat puissant et régulateur, le combat pour la justice sociale, une conviction profondément européenne, la volonté de faire de notre parti la première force écologique de ce pays, le goût des libertés et l’ambition de les défendre, en un mot, cette « efficacité de gauche » propre au socialisme réformiste.
Et cela commence par l’exigence de vérité. Ne nous racontons pas d’histoires : personne ne croit que si la gauche revient au pouvoir, il n’y aura plus ni chômage, ni souffrance sociale, ni déficit public. Personne ne croit non plus qu’une opposition systématique soit le meilleur gage de crédibilité. Nous devons nous opposer honnêtement et fermement, et surtout proposer clairement.
Affirmons ce que nous sommes, en fidélité à notre idéal. Face au règne de l’argent, à la démagogie ambiante et à la menace populiste présente en Europe, nous devons construire une opposition fondée sur les valeurs, sur les attentes réelles, sur le besoin de justice, sur une certaine dignité et même sur la conscience de l’Histoire. Convaincus qu’une République moderne se nourrit aussi de l’éthique.
Cette reconquête implique d’abord et avant tout que nous définissions une orientation politique identifiée. Car j’en suis convaincu : elle est le préalable à toutes les autres questions qui nous sont posées, notamment celle des alliances. Alors que la démocratie française va mal, le PS doit être, plus que jamais, un facteur de clarté.
Ce sera difficile, et rien n’est acquis. Mais entre le présent et l’avenir, il n’y a qu’une frontière, celle de notre volonté. La créativité de tous est indispensable : nous avons besoin d’idées. J’en esquisse quelques-unes dans l’entretien au Monde que je joins à ce courrier et que vous trouverez en cliquant que ce lien. J’attends vos réactions et vos commentaires, et je souhaite que reprenne aujourd’hui, entre nous, le dialogue de la confiance et de l’imagination.
C’est pourquoi je serai amené prochainement à vous donner des précisions sur un rassemblement que nous organiserons à La Rochelle lors de nos universités d’été. Et
dès à présent, je tiens également à vous annoncer qu’en septembre, une journée destinée à lancer de nouvelles pistes de réflexion et d’action nous réunira.
Amitiés socialistes.
Bertrand DELANOË